Nouvelle version inédite de CHRÉTIENS DÉSUNIS
du cardinal Yves Congar, o.p.
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Cardinal
Yves Congar

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Le frère Yves Congar avec le pasteur Marc Boegner en 1967 © Damien Avril

Le Père Congar commente lui-même cette deuxième édition

En 1975, dans Une vie pour la vérité, p. 107, Yves Congar raconte brièvement les événements :

Désormais je devais soumettre à l'approbation romaine tout ce que je publiais. C'est ainsi que je confiai au Père général le manuscrit d'une nouvelle édition de Chrétiens désunis. Pendant deux ans, malgré de nombreuses lettres, j'en fus sans nouvelles. Un jour de 1950, le Père Suarez me le ramena, me demandant d'y apporter quelques modifications. "Que dois-je changer? Quelles sont les critiques du censeur?" - "Changez quelque chose", me répondit-il en se refusant à préciser quoi que ce soit Découragé, j'y renonçai. J'avais travaillé six mois à cette réédition; que devais-je modifier? je n'arrivais pas à le savoir.

On trouve davantage de détails dans un récit plus proche de l'événement que donne Yves Congar dans Chrétiens en dialogue, pp. XLVI-XLVII :

Je commençai cependant dès lors à préparer une réédition de Chrétiens désunis, épuisé depuis longtemps, que l'on ne cessait de demander, dont les Éditions du Cerf me pressaient d'accepter la réédition et dont, enfin, la Maison Herder voulait publier une traduction allemande. Après avoir longtemps résisté, je finis par céder et je me mis au travail. Je fis plus de cent changements, et récrivis entièrement deux chapitres. Mais mon Père Général m'avait demandé de soumettre le livre à sa censure, pour être mieux à même de me défendre. Je terminai mon travail le 4 août 1948, quinze jours avant l'ouverture de l'assemblée d'Amsterdam. Le Père Général l'emporta dans sa serviette le 2 octobre 1948. Je n'eus aucune nouvelle pendant près de deux ans, malgré plusieurs lettres pressantes. C'est seulement le 17 août 1950 que le Père Général me rendît mon manuscrit en même temps que, connaissant l'imminence de la publication de Humani Generis, il me mettait instamment en garde contre tout "faux irénisme". Un des deux censeurs désignés par le Père Général donnait volontiers son "Nihil obstat"; le second demandait quelques changements. Le Père Général ne voulut jamais me donner la moindre précision touchant les changements souhaités. Il fallait faire des changements. Lesquels? On ne me le disait pas. J'avais passé six mois à préparer une nouvelle édition; on m'avait fait attendre deux ans une réponse dilatoire. Si je tentais de corriger mon texte, je saurais dans un an ou deux s'il était publiable, et peut-être me dirait-on alors que non... Tel quel, déjà, il ne répondait pas à l'état des choses oecuméniques, dans le domaine desquelles un nouveau chapitre avait été ouvert par Amsterdam, celui du Conseil oecuménique des Églises. Je renonçai donc à toute réédition de Chrétiens désunis. Depuis lors, on m'a de nouveau bien souvent sollicité de faire cette seconde édition. De Rome même on m'a dit et répété qu'il n'y aurait (plus) aucune difficulté. C'est moi qui, aujourd'hui, ne veux plus. Certes, bien des choses sont encore valables dans ce livre, mais celles-là mêmes, je les vois mieux et autrement aujourd'hui.