Jaïna (Les)

de Jean-Pierre Osier

Collection Patrimoines - Orient

352 pages - mars 2005

50,00€

Philosophes et philologues ont proposé de la mythologie hindoue une lecture dans laquelle les catégories spécifiques de l'Occident jouent un rôle capital. Le plus souvent, ces approches ignorent volontairement la manière dont les Indiens eux-mêmes apprécient cette mythologie présente dans le « Veda » et les deux épopées du « Mahābhārata » et du « Rāmāyana ». Apparue historiquement en même temps que le bouddhisme, la religion jaïna a su se maintenir en Inde jusqu'à nos jours, là où la pensée bouddhique a survécu seulement dans les controverses philosophiques. Depuis ses débuts, le jaïnisme a dû se confronter à l'hindouisme, puis plus tard également à l'islam. Témoignent de ces confrontations non seulement des ouvrages scolastiques très abstraits, mais des textes qui n'hésitent pas, par le biais d'audacieuses fictions (ballade et romans), à mettre en question les mythes mêmes de la mythologie hindoue en les soumettant à une critique dans laquelle l'ironie joue un rôle essentiel. La « Ballade des coquins » de Haribhadra et les deux romans religieux de Harisena et d'Amitagati permettent de comprendre comment, entre les VIIe et XIIe siècles, les jaïna recevaient les images et les textes des hindous, et comment ils les redressaient conformément à leurs orientations doctrinales propres. La doctrine de l'immanence divine universelle se voit repoussée au nom de ses contradictions physiques internes et il faut lui préférer un système qui remet chacun (hommes, dieux, animaux, démons) à sa place. Exaltée par les pratiques sacrificielles, la violence à l'égard des êtres vivants est proscrite et s'efface devant une nouvelle définition des rapports entre les êtres animés, fondée sur le dialogue, la tolérance et l'amitié. Ainsi, la critique de la mythologie hindoue par les jaïna ne se limite pas à une approche ironique, voire railleuse ; substituant de nouveaux repères à ceux qu'imposent textes et images hindous, elle ouvre vers la conversion à une nouvelle manière de vivre : le laïcat et le monachisme avec leurs règles propres.

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Philosophers and philologists have proposed an interpretation of Hindu mythology in which specifically Western categories play a major role. More often than not, they deliberately ignore the way in which Indians themselves regard that mythology, present in the ‘Vedas’ and the two epics of ‘Mahabharata’ and ‘Ramayana’. The Jaina religion, which appeared at the same time in history as Buddhism, is still practiced in India today, whereas Buddhist thinking has survived there only in philosophical debate. Since its beginnings, Jainism has had to compete with Hinduism, and in later years with Islam. These confrontations are echoed not only in abstract and academic works, but also in audacious texts that use different forms of fiction (ballads and novels) to bring the myths of Hindu mythology into question, subjecting them to a critique that is essentially ironic. Haribhadra’s ‘Balade des coquins’ and the two religious novels by Harisena and Amitagati allow us to understand how the Jains received texts and images from Hinduism between the 7th – 8th centuries and adjusted them to suit their own doctrine. Thus the ‘universal imminence of divinity’ was set aside because of its inherent physical contradictions, and supplanted by a system that places all creatures (men, gods, animals and demons) in their own role. Violence toward living things, exalted by sacrificial practices, was outlawed and replaced by a new definition of relations between living creatures, based on dialogue, tolerance and friendship. So the Jaina critique of Hindu mythology is not limited to irony or mockery. By substituting new values to those imposed by Hindu texts and images, it opens the path to conversion and a new way of living: secularism and monasticism, each with their own specific rules.
  • Dimensions : 145x235x22
  • ISBN : 9782204072052
  • Poids : 530 grammes

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