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Loin de pouvoir être réduit à son acception contemporaine, notamment heideggérienne, le concept de finitude est un concept traditionnel. Tel est le constat qui anime cette recherche, dont l’objectif est de mettre au jour certaines de ses figures dans l’histoire de la pensée. Il s’agit, en évitant toute interprétation préconçue, d’étudier, sans prétendre à l’exhaustivité, comment ce concept, d’abord présent de façon explicite dans la pensée chrétienne des premiers siècles, se renouvelle ensuite tout au long de l’histoire de la pensée. Le concept de finitude apparaît inauguralement chez Grégoire de Nysse, le théologien fondamental de l’infinité divine, pour qui « le fini » – « to peratoumenon » – est marqué par l’imperfection radicale de ne pas être Dieu. L’essence du fini est alors pensée grâce à la liaison platonicienne entre être et non-être. Appartenant au domaine général du fini, l’homme est, en effet, séparé de l’être véritable, mais il possède aussi un être propre : cette double caractéristique est une constante de l’approche chrétienne du fini, que Thomas d’Aquin exprime dans le concept d’« ens finitum » participant de l’être sans restriction dans sa restriction même. Refusant la discontinuité médiévale entre l’étant fini et son créateur, encore à leurs yeux présente chez Descartes, Leibniz et Spinoza renouvellent le concept de fini par leur ambition commune d’une rationalité infinie du fini, le premier au travers de la notion de « substance finie » dérivée de l’infini, le second par celle de « mode fini », affection de la substance infinie. C’est contre de telles approches de la finitude que la philosophie critique réagit : « l’être raisonnable fini » de Kant est un sujet originaire et ne peut donc trouver aucun appui dans une rationalité infinie. L’idéalisme allemand entreprend de dépasser cette finitude kantienne à partir de Kant lui-même, en repensant la subjectivité transcendantale. La question du statut à accorder à la finitude – « Endlichkeit » – est au cœur des controverses qui l’animent. Heidegger reprendra d’abord, non sans hésitation, ce concept d’« Endlichkeit », ancré dans la tradition occidentale, en parlant d’une « finitude du Dasein », puis d’une « finitude de l’Être », mais le poids historique d’un tel concept lui apparaîtra rapidement incompatible avec la nouveauté de sa pensée. Il ressort de cette étude que la question de la finitude consiste moins à se demander si l’homme est ou non un être fini que de déterminer de quelle finitude il est fini. Cette détermination est historiquement et philosophiquement décisive car elle concerne l’essence de l’homme, qui peut et doit « se connaître lui-même ».
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Far from being reducible to its contemporary acceptance, notably Heideggerian, the concept of finitude is a traditional one. This fact inspires this research, whose objective is to cast light on certain of its figures in the history of thinking. The aim is to study – while avoiding all preconceived interpretation and without claiming to be exhaustive – how this concept, at first explicitly present in Christian thinking of the first two centuries, was subsequently renewed throughout the history of thought. The concept of finitude appeared initially in the work of St. Gregory of Nyssa, the fundamental theologian of Divine Infinity, for whom ‘the finite’ – ‘to peratoumenon’ – is marked by the radical imperfection of not being God. The essence of the finite is therefore thought, by grace of the Platonic relationship between being and non-being. Belonging to the general domain of the finite, man is, in effect, separate from the true being , but he also possesses his own being. This double specificity is a constant in the Christian approach to the finite, which St. Thomas Aquinas expressed in his concept of ‘ens finitum’, partaking of the Being without limitation within its very limitations. Rejecting the medieval discontinuity between the finite being and its creator, still – to their minds – present in Descartes, Leibniz and Spinoza revived the concept of finite through their shared ambition of an infinite rationality of the finite: the first by the notion of ‘finite substance’ derived from the infinite, the second by that of ‘finite mode’, an affection of the infinite substance. It is against such approaches to finitude that critical philosophy reacts: Kant’s ‘reasoning finite being’ is an original subject and cannot therefore find support in an infinite rationality. German idealism undertook to go beyond this Kantian finitude using Kant himself as a starting point, by rethinking transcendental subjectivity. The question of what status to accord finitude – ‘Endlichkeit’ – lies at the heart of the controversies surrounding it. Heidegger first took up – though not without hesitation – this concept of ‘Endlichkeit’, rooted in Western tradition, speaking of a ‘finitude of Dasein’, then a ‘finitude of the Being’. But soon the historical weight of such a concept appeared incompatible with the originality of his thinking. What emerges from this study is that an examination of finitude consists less in wondering whether or not man is a finite being than in determining the nature of that finitude. This determination is historically and philosophically decisive, for it concerns the essence of man, who can and must ‘know himself, for himself’.
Dimensions : 135 × 215 mm
ISBN : 9782204081740
Poids : 525 g
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