LD 238 – Frères et sœurs dans la Bible
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Réflexion libre sur quelques difficultés du thomisme
Quand on parle de Dieu autrement que pour le nier, tout semble permis, comme si la raison pouvait s’autoriser à (ou avait le devoir de) démissionner en évoquant, unilatéralement, la transcendance de son Objet et l’impératif, relevant de la foi, d’une incommensurabilité entre foi et raison. Ainsi en vient-on, sous couvert de préserver l’intégrité du mystère, à laisser se développer des dualismes psychologiques corrélatifs de dualismes ontologiques supposés, lesquels – quand l’esprit qu’ils habitent se refuse à sombrer dans la schizophrénie (ne faut-il pas, pour croire, savoir qu’on croit, et savoir ce qu’on croit pour savoir qu’on croit, ainsi, dans cette perspective dualiste, convoquer la raison pour lui enjoindre de s’éclipser) – tendent infailliblement, pour le plus grand dommage tant de la foi que de l’appétit de la raison, à infléchir la pensée dans le sens d’un apophatisme théologico-philosophique polymorphe. Ce dernier, en retour, soustrayant la pensée à la norme du connaissable, par là la soustrait à la norme du vrai, ainsi libère sournoisement les convoitises subjectivistes de la raison révoltée tout en la cantonnant, quant à son usage demeuré rigoureux, à la sphère appauvrissante des disciplines exclusivement scientifiques. Dieu doit bien, en vérité, être pensable par la simple raison ou raison qui sait, afin d’être pensé par la raison qui croit. Cela dit, le Dieu « créateur », Sujet de la Révélation et Objet de la foi, est-il naturellement pensable ? Si Dieu est Dieu, il est immobile et parfait, au point d’être son activité. S’il crée, il agit. Pour être son acte créateur sans risquer de se faire dépendre de – ou de s’aliéner dans – ses créatures (auquel cas Dieu ne serait plus qu’un mot), il doit avoir ce qu’il est, afin d’être en mesure, le possédant, de donner leur être aux créatures, mais sans cesser ni de se posséder soi-même, ni d’être (en vertu de sa simplicité) ce qu’il donne. Mais l’être de l’avoir ne saurait, semble-t-il, s’identifier à l’être doté de cet avoir, car il faut être pour avoir, à peine d’identifier contradictoirement ce qui est par soi et ce qui n’est que par un autre. Comment, dès lors, Dieu est-il possible ?
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When we speak of God other than to deny Him, it would appear that anything goes – as though reason allowed itself (or had the duty) to withdraw – evoking, unilaterally, the transcendence of its Object and the essential incommensurability between reason and faith, due to the very nature of the latter. Following this pretext of maintaining the mystery intact, we end up by sanctioning the development of psychological dualisms correlative to supposed ontological dualisms, which – when the spirit they inhabit refuses to sink into schizophrenia (for in order to believe, isn’t it necessary to know what one believes? And, to know what one believes in, to know that one believes? In this dualistic perspective, don’t we evoke reason only to dismiss it?) – tend to redirect thought towards a theo-philosophical polymorphic apophasis, to the detriment of faith and our love of reason. In this way, thought is removed from the norm of the knowable, and, consequently, removed from the norm of the true, surreptitiously liberating the subjectivist desires of rebellious reason while confining it in the impoverishing sphere of exclusively scientific disciplines. God should, in truth, be thinkable by simple common sense or by the reason that knows, in order to be thought by reason that believes. That being said, God the ‘Creator’, Subject of the Revelation and Object of faith, is He thinkable by nature? If God is God, He is unchanging and perfect to the extent of being His activity. If He creates, He acts. To be His creative act without risk of becoming dependent upon – or alienated among – His creatures (in which case God would be no more than a word), He must posses what He is, and, in order to confer creatures with being, possess it Himself; while never ceasing to either be His own entity, nor to be (by virtue of His simplicity) that which He gives. But the possessing being cannot, it seems, identify with the being endowed with this possession, for one must be in order to possess, at the risk of identifying contradictorily that which exists through oneself and that which exists only through the other. If this is so, how is God possible?
Dimensions : 135 × 215 mm
ISBN : 9782204081047
Poids : 470 g
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