Marcel-Jacques Dubois (1920-2007) n'avait pas peur des questions, même les plus difficiles. Ayant rejoint Jérusalem en 1962, alors que s'ouvrait le concile Vatican II, il n'eut de cesse de s'interroger :…
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Ghazali et Averroès
Les « décrets » de Ghazali et d’Averroès touchent au cœur de la « religion du Livre » par excellence qu’est l’islam. Dans « Le Critère décisif de distinction entre l’islam et les hypocrites » (1005-1006), Ghazali explique que les philosophes, en prétendant savoir ce qui échappe aux croyants dotés du seul sens commun, s’interdisent de recevoir le Coran comme Parole révélée, et ne sauraient être ses interprètes qualifiés. Pire : leur seule existence serait une menace pour la communauté musulmane. À l’exact opposé, dans « Le Livre du discours décisif où l’on établit la connexion existant entre la Révélation et la philosophie » (1179-1180), en réponse à Ghazali, Averroès démontre que seul le philosophe peut apprécier pleinement la vérité révélée. Lui seul peut rendre compte de la condition du croyant doté du Livre précieux, face à Dieu artisan du monde. Cette controverse intervient entre deux croyants. Voici deux penseurs musulmans, convaincus aussi bien de l’existence d’un Livre dans lequel Dieu s’est adressé aux êtres de raison que de l’excellence de la société musulmane. Et voici deux auteurs s’opposant radicalement quant à l’interprétation vraie du Livre sacré. La compréhension mutuelle entre les hommes et l’existence même de débats ne présupposent-elles pas que tous partagent un même langage de base ? Ghazali, comme David Hume au XVIIIe siècle, et comme beaucoup parmi nous aujourd’hui, est persuadé de l’existence d’un tel niveau de discours qui autorise la recherche rationnelle et la discussion significative en dehors de toute philosophie, à la lumière de l’expérience commune des hommes dans un monde qui est le même pour tous. Averroès, en revanche, est convaincu que seule la philosophie est apte à résoudre les débats significatifs et que sans elle il n’y a que des opinions diverses et des expériences multiples ; enfin, et surtout, que, sans philosophie, il n’y a pas moyen d’interpréter le Coran comme Parole cohérente et véridique de Dieu. La discussion entre Ghazali et Averroès n’est pas le débat entre philosophie et religion ou entre raison et révélation, souvent considéré comme le propre du Moyen Âge. Elle ressemble beaucoup plus à celle qui, de nos jours, se trouve au cœur de la discussion philosophique. Elle apporte une grande lumière dans le débat sur la rationalité dans l’islam rouvert par le discours du pape Benoît XVI à Ratisbonne.
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The ‘decrees’ of Ghazali and Averroes touch the very heart of Islam, the ‘religion of the Book’ par excellence. In ‘The Distinctive Criteria between Islam and the Hypocrites’ (1005-1006), Ghazali explains that philosophers, by pretending to know what escapes believers who possess only their common sense, prevent themselves from receiving the Koran as the Word revealed, and can be no more than qualified interpreters. Worse: their mere existence is a threat for the Muslim community. On the contrary, in ‘The Decisive Treatise on the Agreement Between Religious Law (1179-1180), Averroes, in response to Ghazali, demonstrates that only the philosopher can fully appreciate the revealed truth. Only he can explain the condition of the believer confronted with the precious Book, with a God who made the world. This controversy took place between two believers. Here are two Muslim thinkers, convinced by the existence of a Book in which God speaks to thinking creatures only of the excellence of Muslim society. Yet they are radically opposed in their interpretation of the sacred Book. Doesn’t mutual comprehension between men, and the very existence of debate, presuppose the sharing of a basic language? Ghazali, like David Hume in the 18th century and many people today, is convinced that a certain level of discourse, in the light of men’s common experience in a world that is the same for all of us, permits rational thought and meaningful discussion. Averroes, on the other hand, is convinced that only philosophy is capable of resolving significant debates; and that without it, there are only diverse opinions and multiple experiences. Lastly, and most importantly, he believes that without philosophy, it is impossible to interpret the Koran as the true and coherent Word of God. The debate between Ghazali and Averroes is not one between philosophy and religion or between reason and revelation, often considered as being specific to the Middle Ages. It rather resembles today’s questions at the heart of philosophical discussion. It also sheds great light on the debate on rationality in Islam which was reopened by Pope Benedict XVI in his speech at Ratisbonne.
Dimensions : 145 × 235 mm
ISBN : 9782204083706
Poids : 260 g
Avital Wohlman
Marcel-Jacques Dubois (1920-2007) n'avait pas peur des questions, même les plus difficiles. Ayant rejoint Jérusalem en 1962, alors que s'ouvrait le concile Vatican II, il n'eut de cesse de s'interroger :…
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